• Chapitre 21

    CHAPITRE  21

     

    J’avais essayé de parler à ma mère comme je le faisais avec Lize. Je savais qu’avec la distance ce serait dur mais pas impossible. Evguénia prenait de plus en plus de plaisir à regarder les ombres me torturer. A chaque fois, elles s’arrêtaient à temps pour ne pas me tuer. J’ai de plus en plus de mal à réagir, à réfléchir. J’ai de plus en plus la conviction qu’ils vont réussir leur mission.

    J’avais appris qu’Aldaron était auprès de ma mère depuis le jour de mon enlèvement. Je savais que tout le monde se préparait à venir me sauver mais je ne voulais pas les mettre en danger. Je devais accepter cette fatalité et dire adieu à ceux que j’aimais.

    Lize me demandait de tenir bon. Elle voulait avoir encore une chance de me revoir. Je souffrais tellement de l’avoir mis dans cette situation. Je pouvais encore ressentir ses humeurs et ses pensées. Pas clairement mais ça commençait à y ressembler.

    De son côté ses sensations avaient également pris de l’ampleur, elle resentait ma fatigue, ma peine, ma souffrance plus intensément qu’avant. Plus les jours passaient et plus je me faisais à l’idée de ne jamais revoir Lize. Elle se battait pour que j’espère encore. Elle avait peur mais lorsque nous parlions elle débordait de courage.

    Chaque nuit j’attendais avec impatience d’entendre la voix de Lize. Elle me racontait ses journées. J’ai su qu’elle avait montré son tatouage à Christopher, Soren, Edwald et Tess. Ils ne nous ont pas jugé et je leur en suis reconnaissant. Soren est Tess, enfin ils font connaissance et se rapprochent. J’aurais aimé voir ça. Ils le méritaient tous les deux et puis un peu de bonheur faisait du bien. Il avait été décidé qu’il ne fallait pas parler à ma mère du lien que j’avais avec Lize. Pour sa sécurité il était préférable que peu de gens le sache.

    Je m’étais endormi lorsqu’au milieu de mon sommeil je me suis réveillé en entendant la porte de ma prison claquer un grand coup. Evguénia avait décidé de me torturer cette nuit comme ça, comme pour un caprice.

    J’étais plié en deux au pied de mon lit avant de tomber au sol. Je n’en pouvais plus, je voulais que ce cauchemar s’arrête.

    -          - Evguénia, je t’en supplie, lais-moi partir. Redeviens celle que tu étais. Je t’aime comme une sœur, il ne pourra jamais en être autrement.

    -          - Tais-toi ! Je t’aurais que tu le veuilles ou non. Tu es à moi tu entends ! Ton père me l’a promis, je serais ta femme.

    Je n’avais pas fait attention aux ombres qui avaient dû entrer en même temps qu’Evguénia. Elle leur a fait un signe, elles m’ont bousculé, fouetté. D’un autre signe, elles s’arrêtaient.

    -          - Tu plieras, je te le jure !

    -          - Pourquoi Evguénia ? Pourquoi tant de haine ?

    -          - De la haine ? Mais je ne te hais pas, je t’aime. Et tu m’appartiendras.

    -          - Ce n’est pas de l’amour Evguénia. Ça ne peut pas marcher dans de telles conditions.

    -          - Oh si ! ça marchera et puis tu seras du côté du mal dans peu de temps alors tu auras besoin d’une femme comme moi à tes côtés.

    -          - Jamais ! Tu m’entends ! Jamais !

    Elle se mit à rire. Un rire d’outre-tombe. Je ne la reconnaissais plus.

    -          - Tu crois encore que l’on va venir te sauver ? Je crois que tu rêves mon cher amour. Ta mère ne peut rien pour toi. Nous avons dressé, comme tu as pu t’en rendre compte, des barrières assez puissantes pour qu’elle ne puisse pas t’entendre. Et ta chère Lize non plus. Une simple humaine. Qu’est-ce qu’elle pourrait faire contre moi ? La boite ne lui sert plus à rien. J’ai ton boitier. Elle doit croire que tu l’a abandonné et elle est en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Mon seul regret c’est qu’on ne m’a pas permis de la tuer. J’ai pourtant dit à ton père que vous n’étiez pas aussi liés qu’il le croyait et que ça ne te tuerait pas mais il ne veut pas prendre le risque.

    -          - Ne la touche pas ! Je te défends de lui faire du mal.

    -          - Oh ! Mon futur mari se fâche ! Tu es à croquer quand tu te mets en colère. Tu feras un être du mal exceptionnel. Et nous aurons tout le monde à nos pieds.

    -          - Je préfère mourir plutôt qu’être ton mari.

    -          - Pour l’instant !

    Elle fit signe aux ombres. La douleur était insupportable, je criais. Je suis tombé une nouvelle fois sur le sol et je me suis recroquevillé pour éviter les coups. Evguénia est sortie en riant.

    Mais ce que je ne supportais pas c’était les pleurs de Lize. Elle a fini par se calmer et se rendormir. J’en ai profité pour me reposer également. Les coups que j’avais reçu me faisait encore beaucoup souffrir mais il fallait que je dorme.

    Lorsque j’ai ouvert les yeux il faisait jour. J’avais pris l’habitude de regarder régulièrement le ciel à travers la lucarne. Je ne savais pas précisément quelle heure il pouvait être. J’avais du mal à me tourner j’avais certainement des hématomes sur tout le corps. J’allais refermer les yeux en espérant qu’on me laisserait tranquille aujourd’hui quand j’ai entendu la voix de Lize.

    Maximilien, je t’en supplie tu vas bien ?

    Oui ma princesse !!

    Enfin, je vais mieux depuis que j’entends ta voix.

    Je sais.

    J’ai vu ce qu’Evguénia a fait cette nuit.

    Je suis désolé.

    J’ai essayé de ne pas penser à toi pour que tu ne souffres pas mais ça m’est impossible.

    Ne t’inquiète pas.

    Je suis très bien entourée, on s’occupe de moi.

    Tu dis que cette fois-ci tu as vu la scène ?

    Oui, comme si j’étais avec toi dans cette pièce.

     

    Notre lien s’est renforcé ma princesse.

    Est-ce que tu t’es rapprochée de moi ?

    Oui.

    Nous savons que tu es dans le Dakota du Nord.

    Et ma grand-mère habite dans le Dakota du Nord.

    Je suis chez elle avec Christopher, Soren et Tess.

    J’aurais dû le sentir mais je suis tellement faible.

    Je sais.

    Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?

    Je peux prendre ta force mais je ne le veux pas.

    Je ne sais pas si tu pourrais t’en remettre.

    Notre lien est fort mais je ne sais pas à quel point.

    Il faut que tu reprennes des forces

    On aura sans doute besoin de toi très bientôt.

    Demande à Edwald et Soren de t’aider.

    Ils peuvent peut-être t’apprendre à puiser de l’énergie des arbres ?

    Edwald n’est pas ici.

    Il est parti auprès de ta mère.

    C’est peut-être mieux comme ça pour Edwald.

    Mais il revient ce soir ou cette nuit.

    Il revient avec ta mère.

    Quoi ? Qui a pris cette décision ?

    Maminette, ma grand-mère.

    Elle est aussi une gardienne et plus particulièrement très proche de ta mère.

    Pourquoi je n’y ai pas pensé ?

    Margareth Howell est ta grand-mère ?

    Oui. Je vois que tu en as déjà entendu parler.

    Oui mais seulement pour son rôle de gardienne.

    Maximilien, j’ai peur.

    Comment est ta mère ? Comment va-t-elle réagir en me voyant ?

    Ma mère est très belle ma princesse.

    Elle va te plaire, tu vas lui plaire également.

    Il faut que je te laisse j’entends du bruit.

    Il ne faut pas qu’Evguénia sache pour nous.

    Je t’aime.

    Je t’aime aussi.

     

    En fin de compte ce n’était pas Evguénia qui venait encore me torturer, c’était les ombres qui m’apportaient mon repas, le seul et unique de la journée. Et sur le plateau le strict minimum, pas de couverts. Ils me donnaient très peu à manger juste de quoi survivre mais rien qui pouvait me rendre quelque force. Je me forçais à manger mais c’était dégoutant. Il fallait que je puisse parler à Lize régulièrement sans tomber dans l’inconscience. Elle était mon seul lien vers l’extérieur.

    J’avais encore du mal à réaliser que la grand-mère de Lize soit Margareth Howell la gardienne et surtout la grande amie de ma mère. Je réfléchissais car Margareth Howell était là à ma naissance. Y’avait-il un lien sur le fait que ce soit justement sa petite fille qui m’était destinée ? Ma mère était en route, elle ne serait pas très loin. Tout comme Lize. Pourquoi je n’ai pas senti sa présence, le fait qu’elle se soit rapprocher à intensifier notre lien et je ne m’en suis pas aperçu. Je n’aurai pas dû parler à Lize, lui dire qu’il y avait un moyen pour qu’elle me transmette son énergie. Je savais que c’était sans doute possible et essayer la mettrait en danger. Ce n’est pas sans risque pour quelqu’un de novice surtout pour une humaine. Mais nous n’avons pas eu le temps d’explorer ce qu’elle était capable de faire. Maintenant elle sait qu’elle peut faire quelque chose pour moi et elle fera tout pour réussir. Lize va beaucoup plaire à ma mère j’en suis persuadée. Ça me rassure que Lize soit aussi entourée. Il y a peut-être un espoir pour que je revois un jour ma princesse. Ma mère et Margareth sont les instigatrices et les témoins de ma destinée peut-être trouveront-elles une solution et même si elle est minime je m’y accrocherais.

    Evguénia est encore venue jouer avec moi. Elle est si heureuse de me voir souffrir. Pourquoi est-elle devenue ce qu’elle est maintenant ? Est-ce ma faute ? Ai-je fait pendant des années quelque chose qui lui faisait penser que l’on avait un avenir ensemble ? Bien sûr je m’occupais d’elle, je la protégeais mais comme on pourrait protéger sa petite sœur. Je comprenais maintenant je l’ai protégé comme le faisait les humains d’une même famille et pas comme les elfes le faisaient. C’était là mon erreur, j’ai toujours eu des réactions humaines et non elfiques. Tout était ma faute et je ne pouvais pas revenir en arrière, et j’en assumais les conséquences.

    J’avais mal et trouver une position sans souffrir me posait de plus en plus de problèmes. Je voulais que tout s’arrête je n’en pouvais plus. Même de savoir ma mère si proche ne m’apaisait plus. Je voulais que tout s’arrête pour Lize ses visions la faisait souffrir, c’était comme si elle recevait également les coups, elle devait aussi ressentir la brûlure des décharges électriques. Pourquoi devait-elle souffrir en même temps que moi ce n’était pas juste ? Je ne le supporterais plus longtemps, je provoquerais Evguénia pour qu’elle me délivre en me tuant.

    Je dormais depuis un moment lorsqu’une voix m’a fait sortir de mon sommeil.

    Maximilien, tu m’entends ?

    Oui ma princesse, tu vas mieux ?

    Je sais que tu as encore eu une vision cet après-midi.

    Ne t’inquiètes pas pour moi.

    Je te l’ai déjà dit, je suis bien entourée.

    Mais je veux que tu te concentres

    Surtout ne fait rien qui pourrait leur faire comprendre que tu communiques avec moi.

    Lize, je le sais.

    J’ai senti la présence de ma mère à tes côtés.

    Mon fils enfin !

    Tu vas bien ?

    Oui maman, j’essaie de tenir.

    Du moins, je veux rester lier à Lize jusqu’au bout.

    Il n’y a plus d’espoir tu sais

    Mais je suis heureux d’avoir eu la chance de connaitre

    Un tel amour avec la jeune fille qui se tient à tes côtés.

    Tu as encore une chance d’être sauver.

    Pour moi, pour Lize, garde espoir

    Je ne laisserais pas ton père t’arracher à nous

    Nous trouverons un moyen.

    Le lien que j’ai avec Lize est très fort

    Il faut que tu voies jusqu’à quel point nous sommes liés.

    Je vais m’occuper d’elle

    Toi, tu te bats et tu gardes espoir.

    Maximilien nous allons te laisser

    Je te parlerais plus tard

    Je suis rassuré de te savoir auprès de ma mère

    Je t’aime ma princesse.

    Je t’aime aussi.

     

    Leur parler m’avait donné la force de tenir encore quelque temps. Ma mère m’avait promis de s’occuper de Lize, je savais qu’elle le ferait. Lorsque je parlais à ma mère des idées me sont venues. Il fallait que l’on sache jusqu’à quel point le lien que j’avais avec Lize était important. Jamais une humaine n’aurait dû avoir de telles aptitudes. Tout ce que je savais c’est que ceux qu’elle avait acquis étaient sans doute les mêmes que les miens mais je n’étais pas sûr. C’était extraordinaire et malheureusement je n’étais pas avec elle pour voir cela de mes yeux juste une impression à travers les siens. Une chose était sûre elle parlerait de mon idée à la reine. Si j’avais raison sur les aptitudes de Lize, on pourrait lui apprendre à puiser de l’énergie aux arbres et à me la transmettre.

    Il va falloir aussi qu’elle s’habitude aux réactions de mon peuple, si maintenant ils sont au courant pour le tatouage, ils savent qu’elle est ma femme et donc la princesse royale. Elle est devenue quelqu’un d’important pour les elfes et ne sera plus considérée comme une simple humaine.

    Je n’essayais pas de visualiser Lize comme j’en avais pris l’habitude, il ne fallait pas qu’Evguénia s’en rende compte. Il fallait que je les protège. Beaucoup de monde préparait ma libération je le savais. Mais je ne voulais pas y croire non plus. Je ne voulais pas que l’on remarque que mon visage s’éclairait d’espoir. Ils devaient croire que j’étais coupé du monde, que j’étais seul.

    Et pourtant je voulais savoir ce que se passait chez la grand-mère de Lize. J’aurais voulu voir les retrouvailles de ma mère avec son amie Margareth. J’aurais voulu voir le regard de ma mère lorsqu’elle a vu Lize pour la première fois. Tant de choses que j’ai manqué. Je ressens quand même toujours les sensations de Lize. Son admiration et sa peur en rencontrant ma mère. Toutes les questions qu’elles se posent. Sa joie malgré tout de voir un peu de bonheur autour d’elle en regardant Tess et Soren. Ses craintes concernant notre lien. L’inquiétude face aux choses qui lui échappaient. Je savais qu’elle s’endormait au son de sa musique lorsque je n’avais plus la force de la lui fredonner. Elle le faisait pour elle mais aussi pour moi, pour que je l’entende également.

     


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